[ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD] Coup de vieux sur Sunset Boulevard

En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. 

Difficile de ne pas avoir une opinion sur le dernier Tarantino tant le neuvième film de ce monstre du cinéma était attendu. Je suis sortie sceptique de l’avant-première dans la grande salle du Normandie, apparement rénovée. Les conditions de projection n’étaient déjà pas idéales : cette salle, quoique charmante avec son décorum désuet, n’est pas adaptée à un public du début du XXIe siècle : l’inclinaison est trop faible ou alors l’écran est trop grand, que ce soit l’un ou l’autre, le problème est le même, lorsque la salle est complète, on aura forcément la tête du voisin de devant qui viendra gêner le visionnage du film. Il est d’autant plus regrettable que l’unique avant-première en France d’un film hommage d’Hollywood par l’un des plus grand cinéphile de ce siècle n’ait pas été organisée dans une salle diffusant le film en 35 mm. Une avant-première au Max Linder eût été tout à fait pertinente. Mais admettons, les distributeurs ont sûrement eu leur raison. J’étais donc déjà dans un mauvais état d’esprit avant même que le film ne commence. 

Avant de rentrer dans des considérations plus personnelles et de vous expliquer pourquoi ce film m’a vraiment mise mal à l’aise, je vais commencer par des analyses plus plastiques. Je suis, pour une fois, d’accord avec ce que reproche la plupart des détracteurs habituels de Tarantino : la présence des références est mal amenée. Si dans la plupart de ses film, il redynamisait et réactualisait des genres de cinémas légers et divertissants – et cela n’est pas une insulte – (grindhouse, western spaghetti, films de kung-fu…), dans Once upon a time, il s’attaque à un sujet – la nostalgie d’un temps révolu- déjà traité dans des monuments que ce soit, bien évidemment, les chef d’oeuvres dont s’inspire le titre (la trilogie de Sergio Leone), le film américain de Jacques Demy Model shop ou encore, bien sûr, The player d’Altman ou de manière général le Nouvel Hollywood. Le thème est déjà bien présent dans une cinématographie américaine (principalement) qui se permettait déjà d’être rétrospective, et finalement, la pierre de Tarantino ajoutée à cet édifice est bien mince. Le travail de mise en perspective étant déjà plus que largement réalisé par d’autres films, bien avant et bien mieux. 

once-upon-a-time-in-hollywood-QT9_R_00180_7bb628955f26a24fdfae5dd198fce5f0

Mais si finalement cette mélancolie pour un temps passé n’était pas réellement son seul et principal propos ?  C’est en partant de ce constat là, que le film s’est mis à me mettre bien plus mal à l’aise. Les plus cinéphiles se souviendront qu’il y a déjà bien plus d’un an, on annonçait le prochain film de Tarantino. Grosse excitation ! Le thème devait être Charles Manson et la tuerie de Sharon Tate et ses amis. Qui mieux que Tarantino pour ce sujet ? Du sang et des personnages hors normes et la possibilité de revisiter au choix le thriller ou le slasher. Mais finalement qu’en est-il du film fini ? Charles Manson est presque inexistant, une vague apparition fantomatique lors d’une unique scène. Non, les véritables “antagonistes” du film sont les hippies faisant parti de la secte de Manson, qui sont, comme vous le savez surement déjà, principalement des femmes. Et si on peut les appeler “antagonistes” il est assez difficile d’utiliser le terme de “méchants” et pourtant, ce sont normalement les meilleurs personnages made by Tarantino. 

Mais qui sont ces “méchants” ? On a à l’écran, un groupe de femmes paraissant au choix hystériques ou stupides sans avoir vraiment l’air menaçant, qui ont pris leur quartier dans un ranch qui servait à la grande époque hollywoodienne, de décors de cinéma, qui vivent au dépend du propriétaire devenu aveugle, amorphe et dépendant sexuellement de ses femmes. Bref, un portrait assez peu ragoûtant qui ne rentre même pas dans la lignée des méchants “cool” que l’on peut trouver dans la filmographie de Tarantino. Regardons un peu plus précisément le casting de ces hippies, il est majoritairement fait de “fils de” et “filles de” (ou “famille de” dans le sens plus large), Margaret Qualley, Maya Hawke, Harley Quinn Smith et Dakota Fanning, ainsi que des acteurs de séries Lena Dunham en tête (Girls), Austin Butler (grand spécialiste de séries pour adolescentes assez girly The carrie diaries, Les sorcières de Waverly Place, Switched…) Sydney Sweeney (Sharp objects, The handmaid’s tale, Euphoria, Everything sucks) etc. 

2488029 - ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD

Si l’on connecte les points, nous avons d’un côté deux personnages tarantinesques (plus ou moins réussis d’ailleurs) représentant un cinéma passé, vieillissant mais sensé être sympathique au yeux du spectateur et de l’autre cette nouvelle façon de faire – faites de fils de, d’acteurs de série et principalement féminin – qui a vampirisé le cinéma passé (rapport à leur squat dans le ranch) sans figure de proue charismatique. Les scènes avec la secte et la scène de fin prennent alors un tout autre sens qui m’est personnellement assez désagréable. Le film fait alors l’apologie d’un âge révolu avec un discours assez passéiste qui ne laisse que peu de chance, ni de place pour le sang neuf d’exister, même en tant que véritable antagoniste charismatique. Au contraire, cet ère du passé détruit allègrement ces nouvelles pratiques. 

Once upon a time est donc une petite déception. Alors oui, il y a des scènes tarantinesques très drôles, oui le lance flamme c’est rigolo, oui cette manière irrévérencieuse qu’il a de changer l’Histoire est cool (moins jouissive que dans Inglorious basterds cependant), oui le duo entre Brad Pitt et sa chienne est géniale bien plus que celui avec Léonardo Dicaprio qui cabotine la plupart du temps et oui les dernière vingts minutes gores et excessives m’ont fait plaisir mais outre l’analyse que je viens de faire, des problèmes de formes font de Once upon a time un film non abouti : la direction d’acteur pas assez précise, le rythme assez déséquilibré presque bancal, le scénario qui fait tout pour surprendre son spectateur mais qui sacrifie sur l’autel du twist final une bonne moitié de film, devenue alors vaine pour le spectateur non averti. D’autant plus gâchée que la prestation de Margot Robbie était vraiment bonne. Alors, l’ensemble n’est pas suffisant pour me convaincre et si un film de Tarantino ne peut pas être foncièrement mauvais, j’attendais bien plus de son avant-dernier film.

Capture d’écran 2019-08-18 à 02.59.06

One thought on “[ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD] Coup de vieux sur Sunset Boulevard

  1. En lisant cette critique, je ne peux que toujours faire état de l’influence de l’attente que l’on a d’un film sur notre ressenti final. Et ce n’est pas un reproche, c’est tout à fait naturel et nous sommes tous soumis à ça. Par exemple, tu attendais un film “tarantinesque”, assez décalé, avec de la violence grand guignolesque, des personnages cool, bref, ce qui fait en partie le ciment et le charme du cinéma de Tarantino. Et, c’est vrai, ces éléments sont ici bien moins présents.

    Cependant, cela n’enlève pas de charme au film, au contraire, cela le rend surprenant et lui donne l’occasion de s’intéresser à des sujets plus profonds, notamment le rapport de Tarantino au cinéma, son histoire, et l’impact de l’assassinat de Sharon Tate sur la culture populaire et le cinéma américain lui-même.

    Les antagonistes, l’intrigue, tout cela est assez secondaire. Même s’il y a un certain fil conducteur, on peut même dire qu’il n’y a pas d’intrigue. Mais pourtant, le film raconte beaucoup de choses.

    Par exemple, je reviens sur cette phrase : “Le film fait alors l’apologie d’un âge révolu avec un discours assez passéiste qui ne laisse que peu de chance, ni de place pour le sang neuf d’exister” qui, pour moi, part dans le mauvais sens. L’idée du film est bien de faire triompher le cinéma d’époque qui était cher à Tarantino, ici idéalisé à l’image du culte qu’il lui voue. La mort de Sharon Tate, c’est, pour lui, la fin de l’innocence. En l'”annulant”, il offre un dernier coup d’éclat au “cinéma de papa” incarné par DiCaprio et Pitt mais, surtout, il laisse la place à un passage de témoins en bonne et due forme. Les deux anciens sont bien montrés sur le déclin, donc le sang neuf peut exister, surtout que Sharon Tate a survécu. En préservant l’innocence, ils ont préservé la beauté du cinéma que Tarantino aimait.

    C’est un film marqué par la mélancolie, voire la nostalgie, qui a un côté, dans l’ensemble, très doux et qui célèbre le cinéma. C’est ce qui a déplu à beaucoup qui attendaient justement quelque chose de “tarantinesque” ou qui se sont sentis exclus faute de connaître ces différentes thématiques et problématiques. Nul reproche à faire, mais pour moi Once Upon a Time in Hollywood est un des tous meilleurs Tarantino. 🙂

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s