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[MEDUSA] Cris et paralysie

Brésil, aujourd’hui. Mariana, 21 ans, vit dans un monde où elle doit être une femme pieuse et parfaite. Pour résister à la tentation, elle s’attelle à contrôler tout et tout le monde. La nuit tombée, elle se réunit avec son gang de filles et, ensemble, cachées derrière des masques, elles chassent et lynchent celles qui ont dévié du droit chemin. Mais au sein du groupe, l’envie de crier devient chaque jour plus forte.

Il est de ces personnages qu’on classe sans trop réfléchir dans la catégorie des antagonistes. Méduse fait partie de ceux-là. Bien plus connue pour être la femme enragée qui transforme en pierre quiconque ose croiser son regard, nous aurions la fâcheuse manie d’oublier qu’avant toute chose, elle a été femme violée, femme manipulée, et que son cri strident serait en réalité un râle de douleur. 

Après son très bien accueilli Mate-me por favor, Anita Rocha da Silveira revient avec une nouvelle variation sur la jeunesse au féminin. Si les adolescentes de son premier long-métrage expriment dans un spleen lugubre leur fascination pour la mort par la mise en avant constante de leur statut de victime potentielle, les jeunes femmes de Medusa ont pris les armes pour arrêter de penser et conformer leur vie, et celles des autres, à leur petite société chrétienne extrémiste. 

Medusa suit la transformation de la jeune Mariana, jouée par la magnétique Mari Oliveira. Quand nous rencontrons notre personnage, le jour, elle chante son amour pour Jésus, tirée à quatre épingles, et la nuit, elle lynche les “pécheresses” avec son gang de copines masquées. Un soir, une des malheureuses la balafre. Son quotidien change. Elle perd son travail d’infirmière dans une clinique de chirurgie esthétique et dégringole de l’échelle sociale. Contrainte de sortir de sa zone de confort, elle commence à s’ouvrir aux autres et à avoir une perspective différente sur sa vie. Et toutes ses années de silence et de frustration feront surface. 

Pour appuyer son propos, la réalisatrice décide de passer par la métaphore de la méduse sans littéralement adapter le mythe. On la retrouve par petites touches : la figure du serpent, les cris assourdissants, les corps immobiles, mais surtout cette volonté de s’intéresser à l’endoctrinement des femmes dans une société patriarcale. Il faut se laisser porter par Medusa qui préfère proposer des tableaux pop et lyriques qui se répondent plutôt qu’une histoire à la trame narrative conventionnelle. Le film allie avec beaucoup d’intelligence modernité et intemporalité, en incorporant de nombreux éléments actuels – des réseaux sociaux, une chaîne Youtube et des néons partout – à un récit aux grandes lignes quasi-mythologiques. 

Medusa est un film dans l’air du temps. Il donne de l’espace et la parole à celles qui habituellement ne servent que de faire-valoir. Plutôt que d’opter pour une héroïne facile, aux valeurs évidentes, Medusa préfère creuser un personnage déplaisant, voire ridicule, pour mieux dénoncer les effets d’une tradition systémique. Film peu aimable de prime abord avec son rythme irrégulier et ses personnages antipathiques, il finit par convaincre par ses choix de mise en scène audacieux et son sens de l’à-propos.

La Bobine Hurlante #11 : Les Préquelles

Nous retrouvons les inspecteurs de la Bobine dans un bien piètre état. L’enquête piétine et une partie de l’équipe commence à perdre les pédales. Qu’importe ! Il faut continuer. Nos braves agents doivent poursuivre leurs investigations dans cet immense asile. Direction l’aile des préquelles pour des entretiens musclés avec des patients au lourd passé : THE THING (Matthijs van Heijningen Jr.) de 2011, L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT (Renny Harlin) de 2004 et SEOUL STATION (Yeon Sang-Ho) de 2016.

Quelles seront les conclusions de notre enquête ? Va-t-on enfin réussir à clore ce dossier et à sortir de l’asile ? Pour le savoir, nous vous invitons à écouter notre épisode sur les préquelles. Bonne écoute

Vous pouvez également nous retrouver sur facebook, twitter et instagram.

La Bobine Hurlante
Léo Iurillo
Jess Lordi
Thierry de Pinsun

Montage : L’arrière grand-père du fantôme du grenier. Premier du nom. Instigateur de la malédiction du montage infernal.

Générique : Kostia Yordanoff. Tous droits réservés

La Bobine Hurlante #10 : Fin de carrière

On les appelle Maîtres de l’horreur, de la SF, de nombre de genres. Leur talent n’est plus à prouver, et le plaisir qui émane à la simple mention de leur nom est intact. Pourtant, malgré les coups d’éclat réguliers de leurs carrières, ces grands cinéastes ont connu des périodes plus houleuses, particulièrement vers la fin.

Si les œuvres en question sont oubliées, ou du moins rarement citées, une commission a décidé de placer les réalisateurs sous observation hospitalière afin de comprendre leurs dérives cinématographiques. Désormais connus pour leur flair hors pair, les membres de la Bobine ont été conviés pour élucider le mystère autour de ces films étranges, et détonants.

Pourquoi Joe Dante a-t-il accepté de réaliser Burying The Ex ? Où est passée la superbe de John Carpenter dans The Ward ? Parmi les enquêtes préliminaires de l’hôpital, il est fait mention d’une eau contaminée par un étrange parasite, qui aurait pu altérer l’esprit de nos chers créateurs. Barry Levinson, qui a réalisé The Bay, traitant d’un cas similaire, et représentant une œuvre qui elle aussi détone de sa filmographie, est venu répondre aux questions de la Bobine pour tenter d’élucider ces mystères. Trois nouvelles œuvres passent au crible fin de notre nouvel épisode ! Bonne écoute.

La Bobine Hurlante
Thierry de Pinsun
Léo Iurillo
Jess Lordi

Montage : Le fantôme interné (qui crie comme un dératé la nuit dans les couloirs)

Générique : Kostia Yordanoff. Tous droits réservés

La S’horrorité invite THE PLOT POINT : Live SCREAM

La Bobine Hurlante #9 : Cluedo

Pour cette sortie entre Noël et le Nouvel An, la Bobine ornée de ses plus jolies paillettes a attendu bien machiavéliquement, l’arrivée du père Fouettard auprès du sapin. Après avoir boulotté tous les chocolats à l’eau de vie de la grand-mère en nous demandant quand il allait passer, nous avons entendu un grelot tinter et quelques grognements résonner dans la pièce d’à côté. Nous nous sommes précipités, à coups de griffe, à coups de pied pour savoir qui arriverait le premier. Un peu éborgnés, un peu sonnés, nous sommes restés bouche bée devant l’arbre éclairé ; nous nous attendions à une montagne de présents comme nous avons bien été méchants ! Là où aurait dû se trouver des dizaines de cadeaux, il n’y avait qu’un Cluedo avec un petit mot. « Voyons si vous pouvez nous faire un épisode sur ce thème, votre plus grand fan, F. » Nous nous sommes d’un coup souvenu, de ce que le dernier tirage au sort avait prévu : Six Femmes pour l’Assassin de Mario Bava ! Quelques regards complices et quelques films plus tard, nous avons bouclé cet épisode dare-dare !
A l’aide de notre film sélectionné, venez faire une partie de ce mythique jeu de plateau avec nous et redécouvrir ce sous-genre hautement codifié qu’est le Whodunit au travers de Charade avec le duo magique Audrey Hepburn et Cary Grant, L’assassin habite au 21 de Henri-Georges Clouzot, et bien-sûr le film Clue sorti en 1985, véritable adaptation du jeu offert par Fouettard and Co.
Joyeux Noël à tous et n’oubliez pas que « All we want for Christmas … is YOUUUUUUUUUU (et si vous avez la chanson dans la tête on est content aussi)

La Bobine Hurlante :
Jess Lordi
Léo Iurillo
Thierry de Pinsun

Montage : Le fantôme emmêlé dans les guirlandes.
Générique : Kostia Yordanoff. Tous droits réservés

[ASSASSINATION NATION] Bratz armées

Lily et ses trois meilleures amies, en terminale au lycée, évoluent dans un univers de selfies, d’emojis, de snapchats et de sextos. Mais lorsque Salem, la petite ville où elles vivent, se retrouve victime d’un piratage massif de données personnelles et que la vie privée de la moitié des habitants est faite publique, la communauté sombre dans le chaos. Lily est accusée d’être à l’origine du piratage et prise pour cible. Elle doit alors faire front avec ses camarades afin de survivre à une nuit sanglante et interminable.

J’attendais beaucoup d’Assassination Nation. Ma déception n’en fut donc que plus grande. Je suis bien évidemment en accord avec le message du film, pamphlet contre le puritanisme étasunien et sa sale habitude à désigner les femmes comme responsable de tous les maux surtout si elles sont jeunes, libres et réfléchies. Le cœur du problème n’est pas à chercher bien loin du message, car le film ne se repose que sur celui-ci. La rhétorique étant bien trop visible, j’ai trop souvent eu l’impression de voir une dissertation mise en images et pas si bien délivrée que cela.

Déjà, ses personnages ne sont presque pas écrits à l’exception de la narratrice, une jeune femme blonde au physique très conventionnel pour un teen movie. Un effort est fait dans les costumes qui sont branchés à l’extrême, mais habiller ces filles en poupées Bratz ne leur donne pas pour autant une personnalité. L’affiche montre un quatuor de personnages, mais le film ne met en scène que l’histoire d’une énième adolescente blanche. Cela ne me dérangerait pas tant si celui-ci ne s’évertuait pas à vendre un discours sur la sororité et l’acceptation de la différence.

Copyright Bron Studios

La composition du film est quant à elle bancale. Celui-ci se compose en deux actes très distincts, séparés d’une ellipse quand une troisième partie n’aurait pas été de trop. La première présente nos protagonistes (enfin une et demie…) À la fois jeunes femmes délibérément sexuellement actives, mais aussi victimes de harcèlement et de prédation sexuelle, le tout exacerbé par les technologies actuelles. La seconde partie nous montre la nuit de la « chasse aux sorcières ». (subtil, car l’action se déroule à Salem…) La ville est devenue folle et cherche à tuer ses quatre jeunes femmes qu’elle tient pour responsables du hackage géant.

La première partie se termine alors que notre héroïne n’est pas encore considérée comme responsable du hackage. La seconde partie commence par une scène qui explique factuellement pourquoi cette dernière est prise pour cible, sans qu’aucune montée de tension, ni de haine ne soit montrée dans la communauté de cette ville. La partie dans l’ellipse aurait été assez pertinente à montrer à l’écran. Voir comment la ville arrive à ce degré de folie, voir par quel moyen elle en vient à ériger cette jeune femme en mal absolu. Rien n’est montré. Le film m’a complètement perdue à ce moment-là. J’étais déjà un peu sceptique, je suis devenue totalement hermétique.

Copyright Bron Studios

Je terminerai par l’aspect qui m’a le plus dérangé : son rapport à la violence faites aux femmes. Pour expliciter mon propos, je vais le comparer à un sous-genre qui traite souvent de manière peu délicate cette dernière : le rape and revenge. Ce dernier se compose en général en trois parties : le viol du personnage féminin, sa revanche et se termine par la sensation de complétion de l’héroïne. Deux aspects de ses films me posent problème. Déjà, les séquences de viol sont généralement filmées de manière voyeuriste. Ensuite, le personnage ne peut atteindre cette sensation de complétion, ce statut de « femme forte » que suite à ce traumatisme, cette violence, rendant cette dernière presque indispensable à la construction psychologique de son personnage.

Malheureusement, j’ai reconnu en partie ces éléments dans Assassination Nation. On observe déjà une véritable rupture dans l’évolution du statut des personnages. D’abord subtilement montrées comme victimes aux apparences de femmes libérées, puis victimes de manière plus frontale par des scènes de violences, malheureusement, filmées de manière bien trop classique à mon goût, pour finir en « super » héroïnes prêtes à en découdre, reprenant ainsi le schéma classique de l’héroïne qui est transformée « en femme forte » par un événement traumatisant, souvent un viol, un acte de violence masculine. Laissant, comme dans les rape and revenge, cette amère impression que la violence est, en fait, nécessaire.

Sam Levinson se positionne doucement, mais sûrement en maître du « cinéma branché » et je ne peux qu’acquiescer lorsqu’on évoque l’esthétique léchée de ses films. Assassination Nation n’échappe pas à la règle. C’est un bel objet dans l’air du temps qui adresse l’élection de Trump et le mouvement #metoo, mais de manière trop creuse et pas assez réfléchie à mon goût.

La Bobine Hurlante #8 : Cattet & Forzani

Après avoir déployé de nombreuses thématiques, être parti·es aux confins de monde pour explorer de nombreux horizons, les backpackers de la Bobine Hurlante font un arrêt en France – plus précisément en Belgique, mais vous saurez pourquoi en nous écoutant ! – avant de repartir vers de nouvelles aventures ! Un épisode plus simple puisqu’à l’instar de celui consacré à Tobe Hooper, nous repartons vers une formule consacrée à un·e auteur·ice. Enfin, ici, il est question d’un duo ! Hélène Cattet, Bruno Forzani, leur univers emprunt du giallo « modernisé » (la nuance fait débat, mais pareil, va falloir nous écouter !) et leurs trois films, qui ont marqué de nombreuses rétines parmi les publics de niche. Amer, L’étrange couleur des larmes de ton corps, Laissez bronzer les cadavres et leurs projets annexes vous sont dévoilés dans ce nouvel épisode, qui on l’espère vous donnera envie de vous plonger dans leur courte mais déjà passionnante filmographie ! Bonne écoute.

La Bobine Hurlante

Thierry de Pinsun

Léo Iurillo

Jess Lordi

Montage : Le fantôme de la cabane à frites

Générique : Kostia Yordanoff. Tous droits réservés

La Bobine Hurlante – Hors série : Dans les angles morts – Starry Eyes

Cette fois-ci, on ne vous parlera pas de festivals comme dans nos dernières pastilles certes, mais on est venu avec du beau monde ! Alors oui ce rendez-vous à eu lieu il y a quelques mois déjà, lorsque l’actualité cinématographique se situait plus sur les plateformes de VOD que dans les salles de cinéma.

Nous avions alors sélectionné deux films ; le premier Dans les angles morts disponible sur Netflix et réalisé par Shari Springer et Robert Pulcini et le second Starry Eyes disponible sur Shadowz et réalisé par Kevin Kölsch et Dennis Widmyer. Pour échanger sur ces longs métrages réalisés tous deux par des duos, nous avons invoqué les esprits de plein de merveilleux invités horrifiques. A commencer par le malicieux Medhi Bensallah de la chaîne YouTube « Des deux côtés de l’écran » qui nous a fait l’honneur de rejoindre notre Coven en cette occasion. Il fut très vite rejoint par Yassa du podcast intergalactique « Des étoiles dans les yeux » et par Marwan de l’excellent blog cinéma « On se fait un ciné » qui ne put résister à l’appel de son rire de sirène. 

Et oui ! Nous avons doublé nos effectifs pour plus de terreur pour vous ! Et après tout, plus on est de fous, plus on crie non ?

La Bobine Hurlante :

Jessica Lordi

Thierry de Pinsun

Léo Iurillo

Montage : Le fantôme du grenier 

Générique : Kostia Yordanoff. Tous droits réservés.

LA S’HORRORITÉ EN LIVE : les festivals de la rentrée 2021

[UTOPIALES 2021] La science-fiction en 2021 : écologie, travail et progressisme 

Cette année, j’ai eu l’immense plaisir d’assister aux Utopiales de Nantes, festival tentaculaire où cinéma, expositions et conférences se côtoient. La thématique de cette année est “Transformations”. Si le terme supporte plusieurs définitions, le festival a clairement mis en avant un aspect plus écologique et social par une réflexion multifacette sur ce qu’on appelle “le grand effondrement”, entre autres. J’ai partagé cette expérience avec la super Jessica du blog Bon Chic Bon Genre qui vous fait un retour dans cet article

Selon moi et suite à mon expérience sur place, trois sous thématiques ont pu se dégager de ce festival : l’écologie, le travail et le progressisme. J’ai catégorisé chacune des conférences auxquelles j’ai pu assister et chacun des films vus en fonction de ces trois axes, même si, clairement, ceux-ci se mêlent forcément.

Écologie : fantasmons-nous le “grand effondrement” ?

La conférence “Les temps de la fin” problématise avec beaucoup d’intelligence notre rapport à la collapsologie, au “ grand effondrement”. Celle-ci a été modérée par Jean-Noël Lafargue et opposait Jérôme Santolini, Catherine Larrère et Pierre Bordage. Et clairement, le débat a été mené par la philosophie spécialisée dans les enjeux environnementaux, Catherine Larrère, qui explique que le “grand effondrement” est fantasmé par la société blanche occidentale et patriarcale qui n’envisage pas qu’une façon de vivre autre a pu existé et existera donc par la suite. 

C’était la première conférence à laquelle j’assistais et il n’y aurait pu y avoir meilleure introduction au festival tant celle-ci sous tendait qu’une société plus progressiste avec une nouvelle conception du travail serait une manière d’envisager une société plus éthique. 

Les Utopiales ont projeté en avant-première le film pour enfant Poupelle du réalisateur Yuusuke Hirota, qui sortira en France en avril 2022. Si le film est vraiment trop enfantin pour mon goût, son côté fable écologique m’a tout de même plutôt séduit.

Art House

Dans une ville de cheminées où l’on ne voit pas le ciel, une drôle d’amitié naît entre le petit ramoneur Lubicchi et Poupelle, l’homme poubelle.

Visuellement, le film propose un univers cohérent, touchant et créatif, mais pèche par un manque d’enjeu, de poésie et par un humour parfois lourdaud. Ceci-dit, l’aspect écologique et le côté steampunk pour demi-portions fonctionnent assez. 

Impossible pour un festival de science-fiction de ne pas évoquer la pandémie. Et rien de mieux que de le faire par le cinéma tant les films dont c’est le sujet sont pléthores. Bien sûr, Contagion de Steven Soderbergh a été projeté mais c’est sur Tin Can que je vais m’arrêter. Il s’agit de la dernière réalisation du canadien Seth A. Smith.

Cut Off Tail

Alors que le monde est confronté à une peste mortelle, une parasitologue est emprisonnée dans une chambre de suspension de vie.

Tin Can commence donc comme un film concept façon Oxygène mais prend très vite une autre direction. La mise en scène est léchée et le film joue beaucoup sur la fascination du spectateur pour proposer une expérience déroutante. 

Travail, torture et accomplissement de soi

J’avais découvert Catherine Larrère lors de la conférence sur la finitude du monde, je la retrouve avec plaisir pour “Les managers du futur”, en compagnie de Romain Lucazeau et Jean-Laurent Del Socorro, modérée par Marcus Dupont-Besnard. C’est avec beaucoup d’humour que le sujet est abordé. Pour parler de l’organisation actuelle du travail et de ses dérives, les invités demandent aux participants comment ils imaginent les managers du futur. Moyen de rappeler que “travail” et “torture” possèdent les mêmes racines latines “trepalium” et que les dérives actuelles qui veulent que le travail fasse partie intégrante de l’accomplissement de soi est dangereux. 

Le film se rapprochant le plus de cette thématique du travail est Minor Premise d’Eric Schultz.

Bad Theology / Relic Pictures

Un scientifique trouve un moyen de sectoriser différentes parties de son cerveau. Pour impressionner son entourage et sortir de l’ombre de son père, il ira un peu trop loin dans l’expérience.

Si la prémisse du film avait du potentiel, le résultat est assez décevant. Il manque d’ambition visuelle et surtout d’écriture. Ceci-dit, il montre tout de même les dérives liées au lien trop étroit entre travail et accomplissement de soi. 

Progressisme : il n’y a pas que les hommes blancs et hétéros dans la vie

Les mouvements progressistes de ces dernières ont accompagné les réflexions autour de l’évolution de l’organisation de la société. Ils sont donc les sujets d’une grande partie des conférences et films de cette année. Nous avions avec Jessica et Judith (Demoiselles d’horreur) participé à une conférence sur la cancel culture pour le festival Court Métrange. Je ne pouvais donc qu’être intéressée par celle organisée par Les Utopiales 

Cette conférence a été modérée par Caroline de Benedetti, avec Sara Doke, Olivier Caruso, Olivier Bruneau. La première question posée est  : “Qu’est-ce que la cancel culture ?”. La réponse n’est pas évidente : mélange de boycott et de censure qui voudrait qu’on puisse effacer l’œuvre de quelqu’un si les propos de celle-ci ou celui-ci ne correspondent pas à une doctrine morale. Olivier Bruneau a la bonne idée de donner le ton dès le début de la conférence “La cancel culture n’existe pas”. Il est impossible d’annuler l’œuvre entière d’une personne. Ce qui se cache derrière l’emploi du terme est un moyen pour  les dominants de se poser en victime, eux qui voient leur position hégémonique flancher et leur droit aux abus de pouvoir être remis en question. Ceci-dit la conférence a tout de même été l’occasion de nuancer les actions progressistes et débattre des manières les plus pertinentes de régler ou faire évoluer les problèmes de représentations. 

Pour répondre à cette problématique, le documentaire Woman in motion de Todd Thompson a été projeté. Le film revient sur la carrière de l’actrice Nichelle Nichols, Uhura dans la série Star Trek et surtout son engagement auprès de la Nasa par sa campagne de recrutement pour attirer des personnes non blanches et des femmes. Si le documentaire a une forme assez conventionnelle, le charisme de l’actrice et le sujet passionnant ont fait de mon visionnage une jolie surprise. 

Je terminerais avec un petit mot sur les expositions. Celle sur Goldorak m’a plutôt laissé de marbre – pas ma génération – mais celle faites d’objets Steampunk m’a charmé et celle sur le travail de Satoshi Kon m’a forcément beaucoup plu. 

Il s’agissait de ma première visite aux Utopiales et je ne peux que vous recommander ce festival. J’ai été submergée par l’offre immense de celui-ci, surtout concernant les conférences qui sont en nombre considérable. J’ai beaucoup apprécié l’aspect engagé de la programmation qui est très actuel et pertinent. Par ailleurs, certaines des conférences sont disponibles en podcast. Les liens sont dans le corps de l’article.